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Antoine Izambard : – Quand vous avez été contactée par Zygot’o design, comment avez-vous réagi : méfiance, surprise, satisfaction qu’on ait pensé à vous ? 

Helen Hill : – D’abord je me suis sentie curieuse et j’ai trouvé l’idée très inattendue et novatrice.

AI : –  Vous avez, ensuite, décidé de participer à l’opération “Lampes d’Artistes” de Zygot’o design, pourquoi ? Quelles ont été, alors, vos motivations?

HH : – Suite à ma première réaction surprise et intriguée, j’ai considéré ce projet comme un défi. J’ai toujours aimé les situations créatives inattendues afin d’éviter la routine et les automatismes. J’essaie, dans ma recherche artistique, de rester ouverte.

Je travaille par séries, donc, et bien que mon évolution soit assez linéaire dans chaque série, j’espère ne pas suivre un chemin tout tracé. Me tromper, ne pas arriver à un résultat satisfaisant ne m’aurait pas posé de problèmes car dans la création il n y a jamais la garantie de quoi que ce soit.

On passe sa vie à reprendre, retravailler, refaire, réessayer encore et encore, c’est ça le bonheur de la création !

AI : – Dans votre parcours d’artiste, avez-vous déjà travaillé avec un architecte, un designer ou un artisan d’art ?

HH : –  Non, jamais.

AI : – En quoi ce type d’intervention plastique, pratiquée sur un objet manufacturé, diffère-t-elle de votre pratique habituelle ?

HH : – Quand je réalise mes œuvres, en principe je travaille sur un support plat, carré ou rectangulaire.

Jusqu’à maintenant le travail fait en volume a été, soit du collage sur une sculpture en 3D, soit juste pour habiller notre intérieur, « décorer » quelques objets sans faire une recherche en profondeur.

Pour ce projet je n’ai surtout pas voulu tomber dans la décoration d’un objet. Il fallait travailler la lampe d’une manière beaucoup plus sérieuse que le remplissage des surfaces. Il fallait essayer de considérer les plaques comme des supports mais en prenant en compte les vides centraux comme des espaces « positifs ».

AI : – N’avez-vous pas craint d’y perdre un peu votre “âme” de créateur en travaillant sur ce support ?

HH : – Je n’ai pas eu ce genre de problème avec le projet parce que le travail entrepris était de mon propre choix et que je n’ai fait aucun compromis. Je crois que pour certaines personnes, artistes ou pas, autour de moi, ce projet aurait posé un sacré problème !

Dommage pour eux !

Le purisme ne doit pas primer sur la liberté de création et les choix de chacun.

AI : – Votre art peut-il être “décoratif” ou est-ce antinomique avec votre travail ?

HH : – Il y a des gens qui critiquent fortement l’esprit un peu « décoratif » de mes œuvres ainsi que mon envie de faire ressentir mon amour pour la beauté évoquée par la nature.

Comment célébrer la beauté sans tomber dans le décoratif ? Ce n’est pas facile. Depuis des siècles des artistes ont travaillé sur la beauté sans systématiquement faire des œuvres décoratives !

Bien entendu, l’art purement décoratif ne reflète pas la réalité et en tant qu’artiste cela ne m’intéresse pas du tout dans mes réalisations personnelles.

AI : – Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées, conceptuelles, pratiques ?

HH : – D’abord, les vides centraux ! Les bords arrondis aussi ! Comment composer l’image, comment intégrer ces éléments pour en faire un tout et éviter de simplement « décorer » une surface donnée ? Il fallait trouver un thème, un fil conducteur.

Par contre l’aspect purement technique ne m’a pas posé de problèmes particuliers.

AI : – Une édition de multiples*, par reproduction mécanique, est-elle envisageable pour vous ?

HH : – Je doute fortement que ce soit possible car l’aspect de la surface d’un collage, même si c’est assez lisse, est important et j’imagine difficilement qu’on puisse le reproduire.

Comme principe je n’ai rien contre mais je préférerais, de beaucoup, l’idée de faire d’autres lampes uniques en séries ou par thèmes.

AI : – Si c’était à refaire, seriez-vous toujours partante ?

HH : – Bien sûr.

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Helen Hill au travail dans son atelier en Dordogne.

* Œuvre d’art contemporain, le plus souvent tridimensionnelle, éditée en plusieurs exemplaires.

Propos recueillis par Antoine Izambard

 

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